PrÉsentation
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e texte qui suit a comme objectif de faire
le point sur les progrès des connaissances dans le domaine du vieillissement.
L’accent est mis sur les aspects moléculaires et génétiques du phénomène, qui est
extrêmement complexe, comme tous les processus biologiques. Le document est
subdivisé en sections assez courtes, ce qui facilite l’indexation. Les mots
clés figurent en rouge dans les paragraphes qui suivent.
Le
lecteur intéressé trouvera des renseignements sur la sénescence
réplicative
et sur la sénescence métabolique des cellules, qui sont responsables de la
détérioration progressive des fonctions biologiques après l’âge de 30 ans. Ces
deux phénomènes n’affectent pas les cellules germinales, qui bénéficient d’une
espèce d’immortalité, parce qu’elles se perpétuent de génération en génération. La sénescence
réplicative survient lorsque les cellules en prolifération permanente
deviennent incapables de se diviser. La sénescence métabolique touche avant tout
les cellules qui ont cessé de se diviser au cours du développement ou la
croissance de l’organisme. Contrairement à une idée reçue, les organismes
unicellulaires ne sont pas tous immortels. C’est notamment le cas pour la levure de
boulangerie,
dont les cellules mères ne produisent qu’un nombre limité de cellules plus
petites, appelées bourgeons, avant de devenir stériles et de mourir.
Plusieurs
maladies héréditaires s’accompagnent d’une accélération de la sénescence
réplicative. Elles entraînent un vieillissement accéléré de l’organisme et une
mort prématurée. Les plus typiques sont le syndrome de Hutchinson-Gilford
et le syndrome
de Werner. Il faut y
ajouter la dyskératose congénitale, l’anémie aplasique et l’ataxie-télangiectasie. En revanche, le cancer est dû, tout au moins en partie, à une
suppression de la sénescence et à un déficit d’apoptose, qui est une sorte de suicide cellulaire.
Certaines maladies dégénératives, comme la maladie d’Alzheimer, ont des connexions avec l’une et l’autre
forme de sénescence.
La
sénescence réplicative est attribuable à l’érosion des extrémités des
chromosomes, appelées télomères. Les cellules immortelles peuvent se diviser
indéfiniment parce qu’elles entretiennent leurs télomères grâce à un enzyme
spécial, appelé télomérase. Chez les mammifères, l’enzyme est présent dans
l’embryon au début du développement, mais disparaît par la suite, pour ne
subsister que dans les cellules germinales et quelques types de cellules
souches qui prolifèrent jusqu’à la fin de la vie. Les cellules dépourvues de télomérase cessent de se diviser et deviennent sénescentes
quand leurs télomères devenus trop courts envoient un signal de détresse qui
est perçu par le gène suppresseur de tumeur p53. Le produit de ce gène bloque les
divisions en interdisant le franchissement de plusieurs points de contrôle du cycle
cellulaire. Il
contrecarre l’action des proto-oncogènes, dont le rôle est de faciliter le franchissement de
ces mêmes points. La plupart des cellules cancéreuses remettent en fonction la télomérase et peuvent, de ce fait, proliférer indéfiniment.
La
sénescence métabolique est principalement due aux dégâts provoqués par les radicaux
libres provenant
d’une réduction partielle de l’oxygène par les électrons enlevés aux
combustibles cellulaires. Les cellules se protègent contre les radicaux
oxydants grâce à différents mécanismes qui permettent de limiter leur
production ou de réparer les dégâts qu’ils ont causés. L’efficacité des
systèmes de protection contribue à déterminer la durée de vie des animaux. On a
découvert chez plusieurs animaux des mutations qui peuvent prolonger la vie
parce qu’elles retardent la sénescence métabolique. L’une de ces mutations peut
multiplier par cinq la longévité potentielle d’un ver microscopique très utilisé
dans les laboratoires : Caenorhabditis elegans. La
fonction normale des gènes mutés, appelés gérontogènes, est donc de restreindre la durée de la
vie. La majorité des mutations affaiblit la réaction de l’organisme à l’insuline, qui contrôle la pénétration du glucose
dans les cellules et les transformations qu’il subit à l’intérieur. Ces
mutations contribuent à réduire la production de radicaux oxydants, tout en
renforçant leur résistance à ces mêmes radicaux.
Outre
la description des phénomènes de sénescence, le lecteur trouvera une analyse
des rapports réels ou supposés entre la durée de la vie des animaux et
différents facteurs, comme la taille du corps et l’efficacité de la reproduction. Il trouvera aussi une étude des théories
du vieillissement,
proposées par les évolutionnistes. Ces théories essaient d’expliquer comment la
sénescence a pu être retenue par la sélection naturelle, et son contrôle
inscrit dans les gènes de chaque individu. Il semble paradoxal que les animaux
puissent condamner « volontairement » leurs propres cellules à mourir
en affaiblissant leurs systèmes de protection.
Le
document esquisse aussi une ébauche de génétique du vieillissement, qui cherche à définir les combinaisons
de gènes déterminant la longévité potentielle de chaque individu. Beaucoup de
lecteurs pourraient être intéressés par les moyens que proposent les
scientifiques afin de ralentir ou de retarder la sénescence des cellules, donc
de prolonger la vie. La sénescence réplicative ne paraît guère curable, tout au
moins à l’heure actuelle. Mais divers traitements ou appoints alimentaires
semblent capables de ralentir la sénescence métabolique. Les antioxydants
présents dans le vin rouge semblent les plus efficaces. Ils agissent non
seulement sur les cellules humaines, mais aussi sur celles de la levure, en
renforçant l’activité la sirtuine, une substance que les découvreurs de ses
vertus présentent comme un facteur de jouvence.
Une
série d’annexes et un lexique détaillé permettront à ceux qui le souhaitent
d’obtenir des éclaircissements sur divers mécanismes biologiques et sur les
méthodes expérimentales en rapport avec la sénescence des cellules. Ces
explications concernent notamment le contrôle du cycle cellulaire,
l’utilisation du glucose par les cellules, la technique des biopuces et l’interférence par l’ARN.
L’auteur
remercie Carole Fumat et Yves Renotte
pour leur aide à la préparation les figures, Luc Denis et Jean-Philippe Laurent
pour leur aide à la mise en forme du texte, ainsi qu’Alain Collenot
pour une lecture critique d’une des premières versions du texte.
Pour
tout renseignement ou explication complémentaire, l’auteur peut être contacté
par courriel à l’adresse suivante : herman.denis@club-internet.fr